
Le mercredi à 08h40, retrouvez la Chronique du Sud sur Antipode, la radio du Brabant Wallon.
Chaque semaine, Stéphanie Merle de notre département Education au Développement vous propose quelques réflexions sur l'état du monde, la coopération au développement et les rapports Nord/Sud.
Cette semaine, penchons-nous sur la biopiraterie, un des casse-tête de la conférence de l'ONU sur la diversité biologique.
Bonjour à tous,
Le margousier, qu’on appelle aussi Neem est un arbre qui pousse surtout dans les régions chaudes. En Inde, les ancêtres l’appellent « la pharmacie de village ». On raconte même que Gandhi en mâchait une feuille chaque matin.
Les communautés locales indiennes connaissent bien les propriétés du margousier. Son pouvoir purifiant a fait de lui un antibiotique naturel de premier choix dans les zones rurales. Encore aujourd’hui, chaque matin, des millions d’indiens se lavent les dents avec du bois de Margousier. Dans l’agriculture on l’utilise comme insecticide naturel.
Vous allez me demander ce qu’il s’est passé avec ce margousier.
Et bien, dans les années 90, les propriétés du margousier ont fait l'objet de 64 brevets déposés par plusieurs entreprises privées. En clair, avant le brevetage, les graines de margousier étaient en accès libre, après, les prix sont devenu quasi impayable pour beaucoup de gens.
Les Nations Unies tentent de réguler l'accès aux ressources. La convention sur la diversité biologique inscrit dans le droit international la reconnaissance des savoirs traditionnels autochtones.
Cette convention institue deux principes pour accéder aux ressources biologiques liées à des savoirs traditionnels : Il faut le consentement préalable des populations locales, et les avantages liés à cette prospection doivent être partagés.
Ce mois ci, le gouvernement sud-africain a autorisé l’entreprise pharmaceutique HGH à exploiter le sceletium. Cette plante est utilisée depuis des siècles par les populations San de la région du Cap pour ses propriétés sédatives, coupe faim, mais aussi hallucinogènes. Un permis de « bioprospection », le premier du genre en Afrique du Sud, a donc été attribué à l’entreprise pour débuter l’exploitation du sceletium. Pour les communautés autochtones c’est une reconnaissance officielle de leurs savoirs traditionnels. Et l’’exploitation commerciale de cette plante se fera en échange du versement de royalties à ses communautés.
Dans le passé le manque de cadre juridique avait permis un accès illimité aux ressources. Elles étaient récoltées et exportées pour le seul bénéfice de compagnies étrangères. Les nouvelles législations insistent aujourd’hui sur le partage des royalties avec les communautés locales.
Les compagnies ne peuvent obtenir de permis d’exploitation de la part des gouvernements que si elles s’engagent à partager les dividendes avec les détenteurs locaux des savoirs traditionnels. Encore faut il que ces législations soient respectées, ça c’est un autre problème.
En vous laissant à ces réflexions, je vous donne rendez-vous la semaine prochaine.
![]()