
Le mercredi à 08h40, retrouvez la Chronique du Sud sur Antipode, la radio du Brabant Wallon.
Chaque semaine, Stéphanie Merle de notre département Education au Développement vous propose quelques réflexions sur l'état du monde, la coopération au développement et les rapports Nord/Sud.
Cette semaine, penchons-nous sur la fracture numérique
Bonjour !
L'« interactivité ». Un terme à la mode. On nous promet des interventions des auditeurs, des relais vers des blogs, des sites webs, des concours sms et j’en passe.
Alors que nous surfons joyeusement sur la vague internet, une expression se répand : la fracture numérique. Un beau mélange de jargon médical et informatique, oui… Mais que recouvrent exactement ces termes ?
Alors, la fracture numérique concerne les inégalités dans l'usage et l'accès aux technologies de l'information et de la communication. Technologies comme les téléphones portables, l'ordinateur ou le réseau Internet. Cette disparité est fortement marquée d'une part entre les pays riches et les pays pauvres, mais aussi à l’intérieur même de notre pays.
De nombreux analystes pointent la fracture numérique comme une des explications du retard de développement des pays du Sud. Comment en effet entrer dans le grand bal de la compétition mondiale sans être informé de choses aussi basique que l’évolution des prix des matières premières ? Comment gérer efficacement un système d’assurance santé sans carte sis, sans accès au dossier du patient...
Toutefois, soyons clairs, il y a d'autres urgences que la fracture numérique.
Le problème de fond est le sous-développement. La fracture numérique ne fait que refléter des inégalités.
Résoudre cette fracture peut faciliter l'accès à l'information et à l'éducation, et aider également à la transformation économique. Mais résoudre la fracture numérique ne sera jamais le moteur principal d'un développement durable.
La fracture numérique apparaît même pour certains comme un problème hypocrite. Oui, à l’heure ou plus de 2 milliards et demi de personnes vivent avec moins de 2 dollars par jour, l’accès à internet semblent un peu secondaire.
On parle même d’une utilisation commerciale de cette mode « fracture numérique ». Pas besoin d’être spécialement retors pour imaginer que les fabricants de matériel informatique ont tout intérêt à nous sensibiliser aux problèmes engendrés par un « décrochage numérique » ... Avec d’ailleurs, des arguments sommes toutes assez éloignés d’une réflexion sur l'utilité et l'intérêt réel de ces outils.
La fracture numérique ne représente donc qu'une toute petite partie de l'ensemble des inégalités de développement.
De tout temps, chaque nouveau moyen de communication a été générateur d'une certaine utopie. Lors de la pose des premiers câbles sous-marins, Victor Hugo pensait qu'ils permettraient ni plus ni moins que « la réconciliation de la grande famille humaine ». Il n’est donc pas étonnant que les attentes du grand public, y comprit du monde des ONG par rapport à ces nouveaux outils, soient peut-être quelque peu surévaluée.
En vous laissant à ces réflexions, il me reste à vous souhaiter une belle semaine, et à vous fixer rendez-vous la semaine prochaine. ![]()